Chroniques

La fourchette aux souvenancesLes navets aux raisins


Dans la familie, je pouvais être, tour à tour, un brave enfant et un sale gamin, parfois « un très sale gamin », si pas selon l’accusation grand-maternelle, un « sale bouc ». Je méritais, à l’occasion, ces accablements quelque peu hypocrites pour trois motifs.
Le premier de ces motifs concernait mon caractère. Assuré de mon bon droit, je ne ployais pas l’échine. La révolte enfiévrait mes sens. Ma mère a suffisamment raconté à ma femme que tout petit déjà, je pouvais lever un poing menaçant en déclarant : « Quand je serai grand, ça ne sera pas vrai avec moi ! » (il n’y a rien de changé !). Mais derrière mon dos, on chuchotait: « au moins, il ne se laissera pas faire ». Le second objet des reproches appartenait à ma passion de grimper dans les peupliers. Plus ils étaient hauts, plus je voulais m’y essayer, et plus il faisait venteux, moins on savait me retenir. C’était grisant. Toutefois, je suivais le conseil paternel, donné en catimini : ne jamais grimper au-delà de la dernière fourche ; le bois, trop tendre, se brise aisément. Cette précaution ne m’empêchait pas de revenir à la maison avec un fond de culotte déchiré.
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Ainsi parlait Bobonne


Bobonne a eu la chance de connaître la télévision.
C’était au temps du « noir et blanc » et des écrans de dimensions modestes. Fascinée par les images, elle laissait la bride sur le cou de son plaisir et de ses admirations.
Aujourd’hui, elle serait comme moi, elle pesterait contre la place abusive accordée aux spectacles du sport, avec commentaires de haut niveau, aux jeux, aux téléfilms remplis de platitudes entre ados ou adultes, lisses comme des toiles cirées aux coins percés par l’usure.
La télé de l’époque n’en était pas encore là. Elle avait la fraîcheur d’une nouveauté extraordinaire.
L’un des meilleurs moments pour Bobonne fut les retransmissions du concert de Vienne, le jour de l’An. Je la revois devant le « poste », captivée par la musique des Strauss et les chorégraphies. Elle n’en perdait pas une « miette ». Mon père non plus. Il était ému. Il avait la larme à l’œil. Quelles illusions perdues refaisaient surface, en sa mémoire ?
Mystère.
Actuellement, certains spectacles découverts au hasard de mes agacements, me font sourire.
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