La famille Wauthier

Petites archives de la douleur par Serge Wauthier Lorsque j’étais enfant, à la Toussaint, on

Petites archives de la douleur par Serge Wauthier

Lorsque j’étais enfant, à la Toussaint, on me traînait le cœur barbouillé par le mal de voiture , au cimetière de Baisy-Thy fleurir une grand-mère que je n’avais pas connue mais qu’il me semblait beaucoup aimer. Le moment de recueillement passé, j’avais hâte de faire le détour par le monument aux << soldats et déportés morts » où je restais interloqué par la photographie en porcelaine ovale d’une réplique de mon père. Lorsque j’ai su lire, j’ai découvert puis chaque fois recherché sur l’obélisque aux héros morts pour la patrie le nom du visage : Antoine Wauthier. Ou plutôt. . . cet autre prénom associé à mon patronyme. Plus tard , je ferais l’association entre ce prénom et celui de ma tante, << Antoinette » , baptisée en l’honneur d’un oncle disparu dix ans avant sa naissance . A Villers-la-Ville, le village de ma mère, c’est mon arrière-grand père qu’on allait fleurir à la Toussaint. Sa tombe était humble : entre le tertre et le tombeau, un rectangle de graviers pour rappeler ce maçon bonhomme et aimant foudroyé au début de la soixantaine par une crise cardiaque . A 15 mètres de là se dressait aussi un obélisque sacrificiel sous lequel reposait son frère . Je comprenais confusément que le géant bienveillant sous le rectangle de graviers ne se consolait toujours pas, ne se consolerait jamais de cet aîné mort avant d’avoir pu vivre. Avec eux, rappelait ma grand-mère, s’éteignait la branche des Latour de Villers-la-Ville. J’avais beau à ses yeux avoir beaucoup des Latour, l’état civil faisait de moi un Wauthier

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