L’ABBE.

Auteur : WILLAME  Georges Dans le numéro jubilaire de sa revue «WALLONIA», paru le 13

Dans le numéro jubilaire de sa revue «WALLONIA», paru le 13 décembre 1972, la Société des Amis de l’Art Wallon a fait l’honneur à Georges WILLAME de publier son hommage émouvant à un prêtre ayant enseigné à Nivelles, l’abbé Froment, plus connu sous le sobriquet, le «spot» si vous préférez puisque nous sommes en Aclotie, de « L’Abbé ». Extraordinaire morceau de bravoure selon moi, à travers l’observation fine du personnage, et par l’admirable restitution écrite des données recueillies par l’auteur. Passons-lui volontiers la plume.

Pages de chez nous : L’ABBE
L’abbé est mort.

Il ne verra plus les fleurs, qu’il aimait d’une passion si constante. Celles qui pousseront sur son corps seront frêles et clairsemées car c’était un de ces petits corps tout fluets dont nous disons à Nivelles, par dérision, qu’ « il n’y en a pas ». Mais des nerfs solides frémissaient autour de ses
os menus et sous sa peau tannée, puisqu’ils le soutinrent toujours allant, toujours courant — et toujours aussi sec – sans une seule maladie grave, pendant près de quatre-vingt-sept ans.
Il n’a jamais pesé, tout vêtu, cinquante kilogrammes, ce qui nous le faisait appeler «l’archet», lorsque, étudiants espiègles rassemblés près du Collège, nous le voyions descendre le
faubourg avec son frère, notre gros professeur, qui devenait, lui, le violon.
Au moindre vent,l’abbé disparaissait dans son manteau, qui se déployait alors comme des ailes de chauve-souris. Mais il n’en ralentissait pas sa course et filait, des gestes brefs ponctuant son incessant monologue.
Au « Bonjour l’abbé » qu’il recevait de chaque passant,il répondait par un « Salut ! » que lui seul pouvait prononcer ainsi, tant il y mettait de sécheresse familière. Que de fois ne l’ai-je pas entendu, ce «Salut » éclatant, impérieux — à moins qu’il ne fût goguenard — accompagné d’un geste rapide et jamais achevé de l’index porté au tricorne.

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